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Liberté pour les antifascistes russes

octobre 9, 2010

Le 30 juillet 2010, Maxim Solopov et Alexeï Gaskarov, deux militants antifascistes ont été arrêtés à Moscou sans que soit formulée aucune charge à leur encontre. Maxim et Alexeï sont tous deux des porte-parole bien connus du mouvement antifasciste russe. Ces dernières années, ils ont tout fait pour porter à la connaissance de l’opinion publique les liens qui existent entre les institutions gouvernementales, la police et l’extrême droite en Russie : ils ont déclaré des manifs en leur nom propre, pris la parole publiquement et à visage découvert lors d’initiatives antifascistes et ont parlé à la télévision et à la radio en tant que militants antifascistes. Tout cela, on le sait, n’est pas sans risques dans le pays. Leurs noms figurent ainsi au « Top 10 » des forums fafs ; ils sont répertoriés comme « ennemis du fascisme » et sont donc potentiellement des cibles d’attaques fafs. N’oublions pas qu’il y a peu de temps, Ivan Khutorskoï, militant antifasciste, Edouard Tchouvatchov, juge, et Stanislav Markelov, avocat, étaient aussi sur cette liste : ils ont été assassinés tous les trois par des néonazis en 2009 et en 2010.

Les arrestations de Maxim et d’Alexeï s’inscrivent dans la logique d’une série d’événements dramatiques qui se sont produits autour de la mobilisation qui s’oppose à la destruction de la forêt de Khimki, à la périphérie de Moscou, destruction programmée par le projet de construction d’une autoroute reliant Moscou à Saint-Pétersbourg. Ce projet, qui brasse des millions et implique à la fois les bureaucrates locaux et gouvernementaux et le monde des affaires, a suscité une vive opposition parmi les habitants de Khimki, la presse locale et les militants écologistes russes, auxquels n’ont pas tardé à se joindre les antifascistes radicaux et les anarchistes de Moscou.

Des actions directes ont commencé le 14 juillet, en même temps que l’abattage des arbres. Les militants écologistes ont établi un campement pacifique dans la forêt pour s’opposer à la déforestation. Ils ont fait des actions de blocage des voies de chemins de fer menant au site d’abattage.

Le 23 juillet, à 5 heures du matin, leur campement a essuyé une attaque brutale de la part d’une société privée de sécurité à laquelle s’était jointe une bande de hooligans d’extrême droite, engagée par l’entreprise chargée de la déforestation. Les fachos étaient masqués de blancs et portaient des tee-shirts blancs sur lesquels on pouvait voir des symboles néonazis. Lorsque la police est arrivée sur les lieux, elle s’en est prise aux militants, pas aux agresseurs, indiquant par là même de quel côté elle était. Quinze personnes ont été arrêtées, puis des douzaines d’autres ont été emmenées au cours de la journée. Pendant toute la semaine, les attaques perpétrées contre les opposants à l’autoroute se sont poursuivies, de même que l’abattage des arbres de la forêt de Khimki ; les opposants quant à eux ne pouvaient plus rejoindre le campement, à moins d’être accrédités (pour la presse).

Le 28 juillet, un groupe d’antifascistes radicaux d’environ 400 personnes a mené une action symbolique contre la mairie de Khimki, car ce sont les autorités locales qui sont responsables de cette situation où le monde des affaires, la police et les néonazis collaborent pour faire taire les opposants au projet d’autoroute. Les 400 antifas ont marché sur la ville, se sont massé devant le bâtiment ; des fumigènes ont été lancés, des graffiti ont été inscrits sur les murs, quelques vitres ont été brisées. Cette action a eu un large écho parmi les opposants, que les autorités locales ont tenté de réduire au silence de façon extrêmement brutale depuis trois ans.

Suivant cette action coup de poing, menée de façon autonome et organisée au pied levé, la répression de l’État ne s’est pas fait attendre. Pour quelques vitres brisées et des graffiti, l’administration présidentielle russe s’est mise de la partie, refusant de tolérer une telle riposte des antifas, qui lui sont depuis quelques temps déjà une véritable épine dans le pied. S’appuyant sur les téléphones portables géolocalisés à Khimki aussi bien pendant l’action du 28 juillet que pendant le campement écologiste, des descentes de police et des services de renseignement ont eu lieu dès le lendemain chez un grand nombre de militants antifascistes, et elles se poursuivent encore. De même, ceux et celles qui animent des blogs et ont posté sur Internet au sujet de Khimki ont été convoqués chez les flics. En fait, tous ceux et toutes celles qui avaient été signalées une fois à l’attention du Centre anti-extrémiste et du Service fédéral de Sécurité en tant qu’antifascistes ont été amenés de force aux interrogatoires après des visites à domicile sans aucun cadre légal. Des pressions physiques et psychologiques sont exercées sur les antifas pour arracher les dépositions dont l’instruction a besoin pour incriminer Alexeï Gaskarov et Maxim Solopov, que l’État a désignés comme responsables de ce qu’il appelle le « pogrom » de Khimki. Dix autres personnes sont encore recherchées.

Quant à Alexeï Gaskarov et Maxim Solopov, ils ont été piégés par la police qui les a attirés dans ses locaux ou à proximité sous de faux prétextes. Alexeï a ainsi été appelé le matin du 29 juillet au commissariat de police de son quartier puis transféré au département chargé de l’extrémisme, sans qu’aucun de ses proches soit averti et sans qu’aucune convocation formelle lui ait été délivrée. Le soir, après avoir parlé à la radio, Maxim a été appelé par quelqu’un qui lui a donné rendez-vous pour parler avec lui à la station de métro Okhotny Riad (près de la Place rouge). Mais quand il est arrivé sur place, il a été mis dans une voiture et emmené à Khimki. Pendant la nuit, les appartements où vivent Alexeï et Maxim ont été perquisitionnés. Chez Alexeï, la perquisition a été faite sans qu’aucun papier officiel soit produit par la police, sans inventaire et sans témoin.

Le 31 juillet, un premier procès à huis clos a eu lieu à Khimki. Personne n’a pu entrer au tribunal : en effet, le bâtiment était encerclé par des escouades de flics anti-émeute, des camions équipés de canons à eau ainsi que de nombreuses ambulances et voitures de police aux alentours. Alors que les deux militants ont été retenus 48 heures, aucun chef d’accusation n’a été formulé contre eux, de sorte que le procès a été reporté au 3 août, le juge l’ayant qualifié de « difficile ». Il est également apparu à l’occasion de ces premières auditions que, selon les procès-verbaux de la police, les deux militants sont détenus sur les lieux du délit, ce qui va à l’encontre de la première déclaration de la police, selon laquelle personne n’a été arrêté après les faits. Cette contradiction montre bien à quel point les accusations portées contre Maxim et Alexeï sont fabriquées de toutes pièces : c’est en leur qualité d’antifascistes publics qu’ils ont été arrêtés, et non pour ce qu’ils auraient fait.

Depuis maintenant plus d’un mois, Maxim et Alexeï sont détenus sans aucun autre motif qu’une accusation de vandalisme (hooliganisme) en réunion ; il n’est pas exclu qu’une accusation d’ordre politique vienne s’ajouter à la première d’ici la fin de l’enquête. Ils subissent d’horribles pressions physiques et psychologiques en prison, et leurs nouvelles ne sont pas bonnes.

EDIT: le lien précédement indiqué était incorrect, voici le bon lien:

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